Intelligence Artificielle : Plus Fiable Que Les Médecins ?

Forbes 27 Juin

Mercredi 27 juin, les lumières étaient tamisées dans un auditorium plein à craquer de médecins au Collège royal de médecine à Londres. Ils s’étaient réunis pour savoir comment l’intelligence artificielle pourrait fondamentalement changer leur manière de travailler.

 

Sur scène, Dr Mobasher Butt, un directeur de la start-up de santé numérique Babylon Health, se tenait debout devant un pupitre pour lire les résultats d’un examen effectué par son intelligence artificielle médecin, entraînée par son entreprise.

La note moyenne obtenue au MRCGP, examen britannique d’entrée à  la formation des spécialistes qui teste la capacité des étudiants en médecine à diagnostiquer les patients, était de 72 % au cours des cinq dernières années.

« Mais quelle note a obtenu Babylon Health ? », a-t-il demandé, avant de marquer une pause, pour finalement lâcher le chiffre tant attendu : « 82 %». Plusieurs personnes ont applaudi vigoureusement, déclenchant les applaudissements du reste du public. L’intelligence artificielle a battu les médecins humains haut la main.

Mais pour le moment, le cerveau du médecin artificiel conçu par Babylon, qui a levé plus de 85 millions de dollars depuis sa création il y a cinq ans, fonctionne lorsqu’il se retrouve dans un environnement de test. Alors que les réglementations l’autorise seulement à fournir des conseils médicaux, il pourrait prochainement poser des diagnostics et même écrire des ordonnances.

Le fondateur charismatique de la start-up, Ali Parsa, a qualifié cette performance de première mondiale. C’est en effet une avancée majeure vers son objectif ambitieux qui consiste à rendre les services de santé accessibles à tous sur la planète. « Cinq millions de personnes dans le monde n’ont pas accès à la chirurgie », explique-t-il.

Sans accès aux premiers soins, « un problème à 10 $ ne trouve que des solutions à 100 $ ». Mais, selon Ali Parsa, si un docteur robot pouvait poser des diagnostics rapides, il pourrait empêcher certaines maladies de devenir très onéreuses pour les services de sécurité sociale nationaux ou les assurances.

Dans certains cas, l’utilisation du chatbot intelligent de Babylon pourrait éviter certaines consultations inutiles en « rassurant » les patients, expliquait Ali Parsa dans un entrevue séparée accordée à Forbes dans les locaux de Babylon.

Il remarque, de manière légèrement ambiguë, que les services cliniques de Babylon – qui mélangent des conseils médicaux de médecins humains et logiciels – peuvent fournir un diagnostic de moins en moins onéreux avec le temps, lorsque l’on sait que les salaires des praticiens représentent les deux tiers des dépenses de santé.

Babylon vend directement aux consommateurs ou aux fournisseurs, un accès à son réseau de 250 médecins en télétravail pouvant effectuer des consultations en vidéoconférence. La start-up vend également un accès à un logiciel de conseils médicaux pouvant être utilisés pour se renseigner sur une maladie.

C’est dans cette dernière fonctionnalité qu’Ali Parsa a beaucoup investi au cours des deux dernières années, afin que ses docteurs humains soient libérés de la prise de notes et du diagnostic de maladies courantes, pour se consacrer à des problèmes plus complexes. « Vous n’avez pas besoin de voir un docteur pour poser un diagnostic, explique Ali Parsa à Forbes. Ce que vous voulez, c’est un traitement. »

Durant la démonstration, un grand écran montrait une toile 3D animée de symptômes et de maladies, alors que la voix d’une femme résonnait dans l’auditorium, répondant aux questions automatisées d’un chatbot à propos de ses vertiges.

Alors qu’elle répondait aux questions, un tableau montrait comment le logiciel réajustait constamment les maladies possibles, avant de s’arrêter sur une probabilité de 80 % pour la maladie de Ménière.

Le grand écran s’est ensuite rempli de textes et de graphiques. Il s’agit en réalité de l’interface que les médecins de Babylon voient lors de vidéoconférences avec des patients. L’image d’une femme appelant était couverte de lignes, un système de suivi facial qui indique au docteur si elle est confuse, inquiète ou sereine, en fonction des mouvements des 117 muscles situés dans le nez, les lèvres et les sourcils.

Dans un encart, on trouve une illustration transparente du corps de la femme, mettant en avant ses organes et ses muscles. Il s’agit en quelques sortes de sa « jumelle numérique », et avec le temps, explique Ali Parsa, le logiciel de Babylon serait capable de prédire quelle partie du corps risque le plus d’être atteinte, en effectuant un grand nombre de simulations sur la « jumelle ».

« Je suis d’accord avec l’évaluation de l’intelligence artificielle », déclare le médecin humain, qui est présenté dans un autre encart sur l’écran, après avoir posé quelques questions supplémentaires à la patiente. « Il semblerait que vous ayez la maladie de Ménière. Je voudrais vous prescrire quelque chose appelé prochlorperazine. J’enverrai cette ordonnance à votre pharmacie ».

Alors que la démonstration touchait à sa fin, Ali Parsa est revenu sur scène et a demandé aux médecins présents dans l’assistance combien de temps ils passaient à prendre des notes. « Environs 50 % du temps », a répondu Megan Mahoney, qui était cheffe des premiers services généraux de santé et de la santé de la population à l’université de Stanford, et qui a supervisé les essais de Babylon.

Voilà le discours d’Ali Parsa destiné aux services de santé : utilisez ce service et les médecins pourront optimiser leur temps. Au fil du temps, vous pourrez réduire vos effectifs.

Le client le plus important de la start-up d’Ali Parsi jusqu’à maintenant, c’est le NHS britannique, qui, depuis l’an dernier, a permis à 26 000 londoniens de de bénéficier des services de Babylon.

20 000 citoyens supplémentaires sont sur liste d’attente. Le NHS rémunère Babylon à hauteur de 80 $ par patient chaque année, soit le prix moyen d’une consultation au Royaume-Uni. Celles pour les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques coûtent entre 200 et 300 $, alors qu’une visite de patients plus jeunes peut coûter moins de 30 $.

Dorénavant, le service logiciel et le réseau de médecins virtuels débarquent chez les assureurs américains. Selon le créateur de la start-up, plus les chatbots sont intelligents et rassurants, plus les patients outre-atlantiques pourront résoudre leurs problèmes uniquement à l’aide du logiciel.

Ce modèle pourrait permettre d’économiser des millions de dollars, mais Ali Parsa doit tout d’abord s’assurer de trouver un gros client américain. « Le marché américain est davantage tourné vers l’économie de la santé. Nous parlons avec tout le monde, les assureurs, les employeurs, les systèmes de santé. Il existe de grandes inégalités dans la profération des soins ».

« Nous mettrons en place des cliniques virtuelles et physiques et des services d’intelligence artificielle aux États-Unis », explique Ali Parsa, avant d’ajouter que le logiciel de Babylon pourrait être opérationnel dans les cliniques américaines dès 2019, état par état. « Pour des frais fixes, nous prenons entièrement en charge les premiers soins ».

Ali Parsa expose sans retenue ses ambitions transatlantiques : « Je pense que les États-Unis pourraient bientôt devenir notre plus gros marché ».

S’il arrive à quantifier les économies que son modèle de services de santé automatisés peuvent générer

auprès de systèmes comme le NHS, alors, Ali Parsa pourrait avoir une chance de réaliser ses ambitions.